Les ravages insoupçonnés du Bingo

M. L. Publié le lundi 10 décembre 2012 à 13h35 - Mis à jour le lundi 10 décembre 2012 à 13h35

 

Journées portes ouvertes au casino

 

Société

On compte environ 15.000 bingos sur le territoire belge. Tout le monde peut y jouer, même les personnes interdites de casino

BRUXELLES Présenté comme un jeu sociable et distrayant, le bingo fait pourtant de gros ravages chez de nombreux joueurs. “Le succès du bingo est triple” , explique Eric Waelkaens, de l’association Les joueurs anonymes. “D’abord, beaucoup de gens pensent qu’en jouant au bingo, ils combattent leur solitude. L’idée que l’on peut descendre dans son bistrot de quartier fait croire au joueur qu’il est un peu chez lui. Ensuite, dans les quartiers les plus dépourvus, gagner 500 euros, c’est très attirant. Enfin, le jeu permet de faire taire les mauvaises émotions, de fuir ce qui ne va pas dans sa vie.”

La valeur sociale du bingo est en réalité un mythe. “Quand on observe un joueur de bingo dépendant, on le voit jouer, prendre une bière, fumer quelques cigarettes. Et quand il a fini, il s’en va sans demander son reste.” Valentine Teller, responsable de projets pour l’ASBL Pelican, y voit un autre facteur. “Au jeu de hasard, plus le temps entre la mise et le résultat est court, plus l’addiction est forte. Le bingo est en plein dans ce schéma.” Le principal danger du bingo réside néanmoins dans le fait qu’il est impossible de s’y faire interdire, contrairement à l’accès aux casinos et salles de jeux. On ne sait pas non plus contrôler l’âge du joueur.

D’ici à janvier 2015, tous les bingos devront être équipés d’un lecteur de carte d’identité permettant de contrôler l’âge du joueur. Mais pas son identité ni s’il est interdit de jeu… Actuellement, c’est au gérant du café que revient la tâche de contrôler l’âge du joueur. Plus largement, l’ensemble du secteur associatif spécialisé dans l’addiction au jeu affirme que la législation actuelle sur le bingo n’est pas assez restrictive. Pour une bonne et simple raison : cela rapporte beaucoup d’argent aux Régions (lire par ailleurs).

Au chevet des joueurs compulsifs depuis 17 ans, Eric Waelkaens a remarqué que l’addiction au bingo constituait la majorité de sa “patientèle” . “Environ 45 à 50 % des gens viennent chez nous à cause du bingo, 30-35 % viennent à cause des casinos et salles de jeux, les salles de paris telles que Ladbrokes, etc. complètent le tableau.” Les pertes peuvent dépasser les 10.000 euros. “Généralement, un joueur tente d’arrêter définitivement lorsqu’il a contracté entre 5.000 et 10.000 euros de dettes. Mais cela grimpe plus haut parfois” , poursuit Eric Waelkaens. “Le dernier que j’ai vu passer venait de perdre 880 euros. Et c’est le patron du café qui lui avait prêté l’argent. C’est totalement interdit mais environ trois gérants de café sur quatre le font.”

Eric Waelkaens a également collecté quelques statistiques personnelles. À ne pas généraliser, donc. Mais au sein de son ASBL, le taux de divorce des joueurs de bingo atteint 68 %. Tandis que lorsqu’on leur demande s’ils considèrent le suicide ou l’autodestruction comme une solution à la résolution de leurs problèmes, un peu plus de 6 sur 10 répondent oui. Même si, au final, un joueur accro au bingo sur trois réussit à arrêter. “Ce n’est déjà pas mal” , ponctue M. Waelkens. “Car le bingo, c’est vraiment un petit poison.”



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