Marseille: une nouvelle banqueroute pour Roland Talmon?

Déjà condamné en 2008, le quinquagénaire, figure du banditisme local, est de nouveau accusé, avec trois proches, d'avoir géré un réseau de machines à sous

Par Romain Capdepon

Les suspects sont poursuivis pour avoir installé des machines dans une trentaine de bars.

Les suspects sont poursuivis pour avoir installé des machines dans une trentaine de bars. Illustration P.N.

 

Il y a dix ans déjà, après un coup de filet de la PJ, un proche de Roland Talmon lâchait, très imprudemment, au téléphone : "Ils ont fait marron toutes les machines de Roland. Il va être dans la merde." L'homme, surnommé "le Gros", fiché au grand banditisme et considéré comme l'un des piliers de feue la "bande de l'Opéra", écopait dans la foulée de quatre ans de prison, puis finalement de trois ans en appel. "Roland, encore marron", encore en banqueroute ? C'est peut-être la réflexion que se sont fait ses proches après la nouvelle arrestation de Talmon, lundi, au sortir d'un bar du 12e arrondissement, porteur d'une forte somme d'argent, en compagnie d'un complice présumé.

Plus tôt, les enquêteurs de la Brigade de répression du banditisme (BRB) avaient assisté en "direct live" à une remise d'argent entre un bistrotier et cet homme, qu'ils considèrent comme un collecteur de Talmon, âgé de 56 ans, lequel selon leurs investigations serait parvenu à réimplanter un réseau de bingos à l'ancienne aussi vaste qu'il y a une décennie. "On a saisi 40 machines dans une trentaine de bars des quartiers Nord et Centre et chez l'un des suspects", assure un proche de l'affaire. Si, à l'époque, la justice avait estimé les bénéfices de ses "bandits manchots" à près de 1,5 million d'euros en trois ans, cette fois les enquêteurs évaluent des rentes moyennes "allant de 800 à 1 000 euros par mois et par machine, d'ailleurs on a saisi 20 000 euros en liquide en tout".

De quoi, si l'instruction judiciaire conforte ces soupçons, assurer un niveau de vie ultra-confortable à ce fou de jeux de hasard (il a été condamné pour blanchiment à 30 mois ferme et 100 000 € d'amende en 2006 pour avoir misé des sommes astronomiques à l'origine inconnue au casino de Cassis). De quoi payer aussi ses collaborateurs - placiers, collecteurs, réparateurs -, et les bistrotiers accueillant ces imposantes machines, en conscience ou sous la contrainte, et avec lesquels les gains sont censés être partagés. "Dans ces affaires, les bistrotiers n'ont parfois pas les moyens de refuser les implantations de ces bingos, analyse le patron de la police judiciaire, Éric Arella, et ils doivent se montrer consciencieux dans la comptabilité de ce qu'engrange la machine pour ne pas avoir de problèmes. Avant, on était sur un partage à 70 % pour les placiers et 30 % pour le gérant du bistrot, mais désormais il semble qu'un partage égal soit plus courant."

"Une ressource stable"

Alors que cette activité illégale est l'une des plus discrètes - au moins autant que Roland Talmon dont même La Provence n'a aucune photographie -, une autre équipe ayant pignon sur rue a été démantelée début octobre par la PJ. Celle que les enquêteurs attribuent à une femme de 31 ans, Aurélie Merlini. Avec un nom célèbre dans le milieu, hérité de son papa assassiné à Meyrargues en 2010, elle s'est fait un prénom des Bouches-du-Rhône jusqu'aux Alpes-de-Haute-Provence "en installant de gré ou de force ses machines à sous".

"On n'est plus sur le même niveau de trafic de machines que dans les années 1980-90, continue Éric Arella. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles ils ne se tuent plus comme à cette époque où c'était la guerre, mais cela reste une ressource intéressante pour des bandits traditionnels, une rente stable qui permet d'avoir une vie agréable, ou d'investir, dans la drogue par exemple, et faire des culbutes lucratives".

Hier soir, Roland Talmon et ses trois complices présumés, âgés de 59, 53 et 36 ans, ont été mis en examen et écroués.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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